mardi 7 novembre 2017

L'ODEUR DU SANG (27/30)

Pointe à fleur de peau, pouce en appui,
Suinte le bas du dos, mais pose pas d’ennui,
Un décompte courageux, qu’entreprit le cobaye,
Secondes de paresseux, pour un prix de taille.

L’aiguille il enfonça, dans la veine gonflée,
Le liquide encore là, tant de peines refoulées,
Car Piesta il perdra, d’une promesse non tenue,
Plus tard après contrat, de ne pas être revenu.

Mais mieux vaut la sauvegarde, que l’anéantissement d’une espèce où s’y trouve Piesta. Alors dans un dernier geste de glorieuses heures à rester en vie, Stender appuya sans méninges sur le poussoir de la seringue et rapidement se mit à prier un Dieu dont il avait oublié l’existence depuis que ses  deux filles ont décédées lors d’un incendie ravageur dans leur habitation.
Mais tout ça n’est que passé, car en lui coule le fluide de la raison. Bientôt il ne sera plus que de la viande déchiquetée et étalée sur le sol servir en pâture.

-O- « Mon Dieu quelle ignominie se dresse devant moi, une femme enceinte avec son petit qui s’active à l’intérieur…Mais c’est impossible…il ne peut pas être normale…Il est comme les autres… nnmmiargh, JE NE SAIS PLUS !!! Peut-être que ce ne sont que des hallucinations à cause du produit…mais si c’était vrai, il pourrait être sauvé… »

Premier entré, premier servit, en l’occurrence une mordeuse désemparée porteuse d’espoir. Son pas est très lent de par son surpoids temporaire. Bloquant l’accès principal de la cabane, les mordeurs empressés se tassèrent à l’entrée formant un bouchon éphémère.

Sur les côtés, les excités finirent par se faufiler, mais étrangement ne se jetèrent, sur Stender pour sa chair. Un cercle se formait accolés autour de lui, ils restèrent là se balançant légèrement de droite à gauche, la tête baissé, les bras le long du corps et ruminant des râles retenus, tout ceci ressemblai à une messe nocturne.
Ils s’entassaient au fur et à mesure dans la pièce, bientôt plus de place à l’intérieur mais la masse continuait à grossir à l’extérieur sans cesse.

Stender ne voyais que très peu autour de lui, tellement la densité était telle. Il levai la tête pour distinguer la seule ampoule qui éclairai la pièce, lui donnant encore un sens à la réalité.
De la bave épaisse et noir tombait sur son bras juste à côté d’où il avait placé l’aiguille. Des lambeaux de chair tombaient du corps des mordeurs et s’écrasaient visqueusement sur le sol en bois.
Sa tête commençai à tourner par manque d’oxygène, bientôt ses yeux se révulsaient et l’amenai doucement vers un doux sommeil, mais quelque chose l’empêchai de rendre les armes…quelque chose ou quelqu’un…car devant lui, les mordeurs s’écartèrent laissant se former une allée. Stender reprenait ses esprits lentement, assez pour qu’un corridor de mordeurs se distingue et qu’une silhouette nonchalante fasse son apparition dans sa direction.

Stender ne prit pas longtemps à comprendre que celle qui s’avançait vers lui n’était autre que l’enfanté. Etrangement celle-ci non plus ne montrai pas de signes d’agressivités, la rogne de mordeurs qu’il a vu jusqu’ici ne ressemblai aucunement à ce cérémonial. Bientôt l’enfanté était proche de Stender allait-il connaître la finalité de toute cette mise en scène…

-O- « Une caméra cachée c’est ça, a tous les coups on m’a fait marcher depuis le début hein ! » Chuchota Stender aux mordeurs l’entourant en sentant le folie l’atteindre.
Que quelques pas et voilà qu’elle se plante là devant Stender opérant le même rituel que ses camarades de jeu, laissant son ventre pendre sans retenue de ses mains. Le poids la fait se pencher en avant manquant de basculer, mais vient à se redresser aussitôt comme mécaniquement. Et le cycle se répète en laissant s’échapper de sa bouche des glaires noires épaisses finissant leur parcours sur les genoux et suisses de Stender.

-O- « Pas plus écoeuré que ça, cocotte. J’en ai vu des pires et sortant directement de mes voie, alors tu vois…va falloir que tu fasses mieux que ça poulette ! Hein ! »

Pas plus qu’un battement de cils n’a t-il fallu à la femelle mordeuse pour démontrer sa supériorité vocale, car dans une inattendu posture, la tête levée en direction du plafond, les bras tendus le long du corps, les doigts acérés…un cri perçant d’une densité aigue sorti de la bouche écartelée, accompagné de restes visqueux projetés hors de celle-ci. En un court instant, jambes écartées, la mordeuse extirpa sans ménages par les voies naturelles ce contre poids. La quantité de viscosité était tellement dense, que la mordeuse donnai l’impression de se vider entièrement de l’intérieur, ce qui ne l’empêchai pas de rester debout et de continuer à hurler.

La progéniture issue d’un accouplement antérieur à cette mutation serrait t-elle protégée de ce mal à l’intérieur du ventre d’une mère…Et comme un morceau de barbaque que l’on viendrait acheter chez le boucher, le voilà qui sort de son enveloppe, lâché dans la nature. Mais la fin de course ne fut pas le sol, le cordon ombilical se vit imposer une autre fonction…saut à l’élastique.

La barbaque sautilla deux fois et resta suspendue, mais sans vie…normal pour un morceau de barbaque se dirait t-on, mais celui-ci ne ressemblai pas a un mordeur.

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