D’une noirceur des plus intimes, l’ombre massive peignait le temps de son passage, la poussiéreuse surface et ces nouveaux reliefs.
Mais ces reliefs n’étaient pas tous inertes, car non loin de là quelque chose dégageai assez de chaleur pour que des mouvements de brassage d’air, soient perceptibles.
∑ « Il vient vers nous Y12, regarde ! Je vais t’offrir à lui, il appréciera sûrement mon offrande. Hey !! Par ici seigneur des âmes, du fluide Phylogéniste frais rien que pour vous Maître des Ombres, approchez, n’ayez crainte ».
Encore quelques mètres et bientôt l’épais Cumulo-stratus ternira la surface de ces sources d’énergies ambulantes qu’il perçoit, perturbant un écosystème inexistant…
Le voici au-dessus, ridiculisant sans mal tout autre espèce de son imposante masse. Mais il ne s’arrêta pas…lentement il continua son déplacement…Un grondement de l’intérieur était perceptible…Une forte présence de puissance régnait dans cette vaporeuse entité.
∑ « Mais que fais-tu ? N’as-tu aucun but pour ne pas remarquer que des fidèles te sont dévoués ?! ».
La masse continua a se déplacer sans se ménager des gesticulations au sol. Puis à quelques mètres plus loin, étrangement elle stationna et aussitôt émit un son de turbine. La masse commençait à prendre une allure de tourbillon, sa rotation de centrifugeuse créa un début d’aspiration, les corps allongés prenaient des allures de morts vivants, des bras ou des jambes se soulevaient, certains même s’asseyaient.
Dans un dernier effort, Y12 releva la tête, ses genoux avaient déjà touchés terre, son corps était maintenu par le poignard qui était encore dans la main de la pécheresse. Il tourna lentement la tête en direction de celle-ci et marmonna.
∏ « Je ne suis pas comme vous Pécheresse, je n’attendais pas un sauveur pour commencer à nettoyer ce sol. Vous devriez en faire autant ».
∑ « Mais que marmonnes-tu Y12 ? ».
∏ « Lâchez donc cet être que vous maintenez, il n’est plus de ce monde ».
∑ « Que…Quoi ?! Mais c’est un délire, je suis devenue folle, comment tout ça a commencé déjà ? Vous parlez à travers Y12… ».
∏ « Rien de plus simple pour moi. Allons, réveillez-vous et nettoyez avec moi ce désordre avant l’arrivée de votre progéniture ».
Terrifiée, Natala lâcha le poignard, et aussitôt le corps d’Y12 s’écroula au sol comme un vulnérable pantin. Mais ceci n’empêcha pas à la mâchoire du pantin d’articuler et de raconter dans le désordre, ce qui s’est réellement passé ici sur cette vaste terre durant son absence.
∑ « Arrêtez ! Arrêtez tout ceci ! Je n’en peux plus d’entendre la vérité…Arrrgh…mon ventre me fait mal… ».
Le poids de la douleur, la fit s’agenouiller,
Tenant son ventre d’un poids, qui venait d’augmenter,
Son cœur palpitait, à l’annonce du nouveau né,
Sa peur grandissait, de l’apparence du prématuré.
∑ « Je ne l’attendais pas maintenant…Arrrgh…c’est trop tôt… ».
∏ « Allongez-vous ici, sur ce sol encore poussiéreux de cendres de membres. Il ne va pas tarder, alors ne tardez pas ».
Natala, de fatigue submergée, souleva avec le peu de ressources qui lui restait, sa tunique pour regarder l’état de son ventre enflé.
Quand le tissus dépassa celui-ci, elle découvrit avec horreur, que les membres de son futur enfant prenaient énormément de place en son ventre, et qu’ils déformaient celui-ci aux limites de la déchirure.
∑ « Je n’en peux plus de cette souffrance, retirez-le moi…Arrrgh… ».
Elle s’écroula sur le sol inconsciente. Sans plus un mot donné au pantin, la masse stoppa sur le champ sa besogne et se dirigea vers Natala.
Quelques malheureux mètres les séparaient, tandis que l’être à l’intérieur s’agitait déplaçant même le corps inerte de sa mère. Bientôt au-dessus, la masse sentant que la situation s’empressai d’être pressante, elle recommença sa manœuvre d’aspiration. L’être à l’intérieur de Natala s’agitait de plus en plus et était sur le point de s’extirper d’une poche « natale » devenue étouffante, quand au même moment, la masse assez proche pour le faire, empoigna le sexe de Natala de son tube vaporeux et entama une puissante aspiration.
La séance est ouverte, le bas ventre de Natala subissait des déformations extrêmes, l’être se débattait pour ne plus sortir, comme si ce que voulait la masse était sa mort… et dans un dernier acharnement d’extirpation, la masse produisit autour d’elle un manège de cadavres qui s’entrechoquaient, se déboîtaient les articulations, se fracassaient les os. Des giclures de fluides Phylogénistes mélangés au sang des Humains étalés là on ne sait comment, étaient projetées comme une averse orageuse.
Les gouttes dans leurs envolées se mélangeaient entre elles et se mélangeaient encore sur le sol avec d’autres, et ainsi se formait une marre grossissant sans peine, vu le nombre de matière première jonchant le sol.
Le fluide et le sang continuèrent à se mélangés tandis que la masse s’affaiblissait. L’être continuai à résister, tandis que Natala semblai inerte. Bientôt l’élasticité du corps porteur arrivai à saturation. La masse sentait sa propre énergie arriver à épuisement, elle se retira lentement, comprenant que l’être résisterai sans mal à toutes ses tentatives.
La masse réduisit considérablement son tourbillonnement et le corps de Natala redevint inerte à la soudaine inactivité de l’être à l’intérieur de son ventre.
Un silence de paix s’imposa aussitôt, seul un léger vent soulevait la poussière, seul un vœu aurait été souhaité en ces lieux…que tout ceci ne soit jamais arrivé.
Mais ce n’est pas un vœu qui fut souhaité ce jour là…c’est une naissance des plus improbables, un échantillon de ce que ce monde anéanti reconnaitra comme le début d’une nouvelle ère de souverains.
Le corps de Natala recommença à se mouvoir contre se volonté. Les fréquences rapprochées de son corps qui se tortille, donnait l’impression d’un invertébré rampant sans but précis…Une main adolescente sorti du sexe de Natala sans appel, les doigts écartés et la paume de face. Une deuxième main pubère se joignit à l’autre, les doigts entrelacés formant un seul et même poing.
D’une force démesurée, les avants bras de l’être écartelèrent sans démesure le muscle vaginale de Natala, déchirant jusqu’aux côtes la peau détendue d’enfantement. Giclures et organes explosèrent comme sortis d’une boîte à surprise. Toute cette boucherie retombée, se découvrait un coulis de sang sur un mont osseux.
Au sol, démembré de sa partie inférieur, Natala gisait définitivement sans vie en ayant accompli comme derniers actes de sacrifice du dernier Phylogéniste en l’honneur d’une masse qui n’était autre qu’un nettoyeur se nourrissant de cadavres. Et l’enfantement d’une espèce encore inconnue, qui par sa volonté s’ouvrai au monde dans lequel on l’avait projeté.
Le sang a fini par sécher rapidement sur le corps de l’être, à cause de fins grains de sable soufflés et projetés contre son corps par les faibles vents régnants sur ce territoire.
Mais sans peur, avec rage, il se releva rapidement, les bras écartés, les doigts écarquillés, la tête levée vers le ciel, il hurla à qui voulait bien l’entendre.
† « A qui seigneur, dois-je ma création ? ».
☼ « Aux êtres qui sont morts pour toi ! ».
Et aussitôt, dans un déchirement bestial, se déployant comme un étendard, soulevant dans son déploiement, poussière et organes, claquant dans l’air sa finalité… deux ailes animales s’étaient désenlacées.
☼ « La mort ne t’attends pas, tu es le premier et pas le dernier. Je te laisse le soin de veiller aux âmes qui ici seront nettoyées ».
† « Et que dirais-je à ceux dont l’âme ne vient pas ? ».
☼ « Laisse-la errer comme un esclave qui t’aiderai dans ta tâche ».