L'épaisse fumée relate un
malaise, cela fait déjà quelque siècle qu'elle s'est arrêtée. La pluie ne
s'engage plus pour nous, elle a déjà trop donné. La chaleur est intense et nous
sommes obligés de trouver d'autres sources d'hydratation, il y a peut être un
espoir. Les sages parlent d'un endroit où l'homme peut marcher au-dessus du
vide, sans pont ou passerelles, ni autres constructions ou inventions, l'homme
flotterait. Mais il est dit aussi que l'homme qui n'acquiert pas assez
d'expérience en tant que chef de tribu, ne peut recevoir en aucun cas
l'approbation des écrits et que l'appel du vide s'intensifierait à l'approche
de ce lieu.
L'étouffement est une des
premières punitions infligées, puis arrive la sensation du mal aimé pour enfin
finir comme victime. Il n'y aurait pas eu besoin de tout ce sermon sur l'avenir
de notre tribu si les hurlements qui venaient de la grotte des trépassés n’avaient
pas ameuté tout le village.
Je suis le cadet de la
lignée des sages, mais je n'ai pas cette sagesse, la guerre n'inspire beaucoup
plus, le sang de mes ennemis purifie mon corps et mon âme. La seule loyauté que
je tolère envers mon ennemis, est qu'il soit à terre et désarmé. Pour mes
bravoures, une femme m'a été offerte, Shyna de son prénom ; je ne suis pas un
idiot, je sais très bien qu'elle est malheureuse et que le désir de me tuer lui
a déjà traversé l'esprit, je ne dors que d'un œil et seul.
Le lendemain des
hurlements, il m'a été chaudement conseillé d'aller amadouer la bête, car c'est
elle qui apparemment a défié le ciel, un jour de moisson. Je ne suis pas un
sage leur ais-je rappelé, mais notre chef est trop vieux pour affronter quoi
que ce soit.
La décision me revient
puisque je serai de toute façon face à ce diable. Mes préparatifs touchaient à leurs
fins quand Shyna entra, le visage inquiet, je ne l'avais jamais vu ainsi, mais
les explications furent claires qu'en toute la nuit nous avions mélangé nos
essences.
Le jour et là, Shyna dort
encore, un rayon de soleil par l'interstice des volets donnait directement sur
mon visage. Je regarde Shyna une dernière fois, sans la réveiller je survole de
ma main les courbes de son corps. Je me prépare et récite une prière à notre
dieu. Je suis prêt à partir, mais au moment de franchir la porte, la voix de
Shyna retentit, je me retourne et elle me demande de lui revenir; j'acquiesce
et franchi la porte.
La lumière du jour
m'éblouis, c'est une belle journée pour tuer de l'inédit, j'espère que son sang
sera sucré et doux. Personne ne m'accompagne jusqu'à la sortie du village,
c'est la coutume ici, il faut éviter les adieux c'est de mauvais augure.
Par coutume je dessine au
sol la marque des dieux pour qu'ils protègent mon peuple durant mon absence. Je
relève la tête, observe l'horizon, trois jours de marche selon mon expérience.
Nous n'avons jamais vu ou même entraperçu cette bête souterraine. Il y a
plusieurs légendes qui décrivent la bête, aucune d'elles n'a pu être vérifiée…
Tous disparus, aucunes traces des anciens guerriers de ma trempe n'ont été
retrouvées. Mais j'ai le cœur vaillant et la foi en mes excès de colères.
Certains disent que je suis possédé par le démon… Il en est rien, je suis
moi-même un démon bénis des dieux saints, je suis la mémoire des morts et
l'ironie du sort, je tue les démons.
Je ne me retourne pas, de
crainte de croiser le regard de la des miens… En route.